Il a fait souvent
crû, ce printemps, mais ça ne fait rien,
tout a fini par pousser : les pourattes pour la soupe,
la doucette, la pouillotte si bonne avec des chons de
lard... Mais cette année, on a eu aussi des maisons
qui se sont mises à pousser comme des champignons
au Fond du Val, de bien belles maisons, nêmme !
Et
comme on n'est pas des teugniâts, nêmme donc,
on espère bien que les nouveaux Chalinéens
et not' nouveau boulanger-pâtissier vont bien se
plaire chez nous !
Lotissement
du Fond du Val
Je
n'sais pas si vous savez, mais on creuse des trous
au Fond du Val. Oui, c'est comme je vous l'dis, mais
c'est pas des galeries de mine, ça non ! C'est
bien fini, c'temps-là, nêmme !
Ce sont des trous pour faire les fondations des maisons.
Ils avaient pas commencé à travailler,
que mon Fanfoué, qui est curieux comme une
vieille bique, m'a dit qu'y aurait bientôt 45
maisons là-bas !
Môn Dieu don, va y avoir
plein de nouvelles gens dans not' village, nêmme
donc ! Plein de piots aussi pour remplir les classes
de not'école !
Et puis, tous ces gens qui vont venir habiter chez
nous, on les aime déjà, nêmme
! Ils sont pas bêtes, vous savez : ils ont bien
compris qu'y avait pas mieux que not' village ! C'est
la mère Mâmiche qui vous l'dit, alors
c'est que c'est vrai, nêmme ! (
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Notre
nouveau boulanger !
Et
not' nouveau boulanger, le Fabrice C., qui nous fait de
si bons gâteaux, qu'on s'en relèche les babines
déjà rien qu'à les rouatter, va être
obligé d'en faire encore plus, nêmme ! De toutes
manières, faudrait vraiment être nice cocotte
pour ne pas les trouver bons, les gâteaux et le pain
du Fabrice !
Depuis qu'il est installé, mon Fanfoué me
bassine sans arrêt pour aller chercher le pain. Qué
ouaré ! Lui qui faisait tant d'âties avant
quand j'lui demandais ! Not' nouveau boulanger m'a changé
mon Fanfoué. Faut dire que mon Fanfoué, s'il
aime bien rouater les gâteaux, il aime encore mieux
les manger ! Il ne veut pas qui fut dit, mais sa petite
bodate n'est pas venue toute seule, nêmme !
Vous connaissez mon Fanfoué : toujours la parole
facile avec les gens. Y cause, y cause, un vrai moulin à
paroles, nêmme ! Vous attrapez le tournisse rien qu'à
l'écouter. Bien sûr, il a su tout de suite
que le Fabrice, not' nouveau boulanger était un Normand
de Dieppe !
Tiens, justement, le voilà qui arrive, mon Fanfoué.
Bien sûr, y revient avec un cornet plein de viennoiseries,
le goulâfe ! Rien qu'à le rouatter, je vois
que mon Fanfoué a bien cancatté. Voyons ce
qu'il va me dire :
- Tu sais pas... not'boulanger, il vient de Dieppe !
Y parait que le Guillaume, tu sais bien, çui qui
est allé, dans le temps, se mettre la couronne d'Angleterre
sur la caboche, y serait parti de Dieppe... Et ce sâpré
ouaré, il aurait même appris aux Saxons à
parler français. Mais il a eu beau faire... Les Anglais,
ils sont jamais arrivés à le prononcer comme
y faut, not' français, nêmme ! Et ça
s'est pas arrangé avec le temps, ça non !
Pense donc ! Ils mangent du "pork" (porc), du
"mutton" (mouton), et du"beef" (boeuf)
! Tu ne me diras pas... c'est quand même du français
mal prononcé, nêmme !
- Môn Dieu don, si tu te mets à apprendre l'anglais
quand tu vas chercher le pain, on n'a pas fini de t'voir
aller raouer là-bas au lieu de t'occuper de tes olivettes,
nêmme !
- Oh, j't'ai pas
encore tout dit ! Si tu savais... (V'là mon Fanfoué
qui fait son important, et se rengorge comme le dindon de
la Pierrette, vous savez, celle de l'Arche de Noé
près des étangs)... Dieppe, ça a toujours
été une ville de marins, nêmme donc
!
Alors, les gens
de là-bas, ils allaient raouter tout partout avec
des bateaux, nêmme ! Même que déjà
en 1364, ils sont allés en Guinée fonder un
comptoir : le "Petit Dieppe"... Oh, c'étaient
pas des hartards ces gens-là : ils en avaient dans
la caboche, et ils ont bien arrondi leur goyotte en ramenant
de l'ivoire jusqu'en France, nêmme !
Boulangerie
de Chaligny : 2, rue du Réal
avec la camionnette de l'ancien propriétaire
Pas
étonnant avec toutes ces histoires, que le piot Fabrice,
dès qu'il a pu, il est parti raouter de par le monde
: la Corse, la Hollande, l'Angleterre... (mon Fanfoué
réfléchit un instant)... Pour l'Angleterre,
c'est normal, parce que les Dieppois, y disent que leur
ville, c'est autant la banlieue de Londres que celle de
Paris...
- Môn Dieu don ! C'est pas nous qu'on irait voyager
dans ces pays-là, qui causent pas comme chez nous,
et que c'est comme du charabia quand on les écoute,
hein mon Fanfoué !?.
- Ça c'est sûr, nêmme !... Mais... le
Fabrice, ça l'gêne pas, nêmme... vu qu'il
a travaillé à Los Angeles ! J'crois bien qu'c'est
là qu'habite le Columbo de la télé,
non ?... et puis le Fabrice, il a aussi vécu dans
le Vermont, près de New York. Ah ! Il en a vu des
choses, le ouaré !... J'aimerais pas tant habiter
à New York. : il y a trop de peutes gens qui prennent
les immeubles pour des quilles, et les abattent avec des
avions, nêmme !
- T'as bien raison, mon Fanfoué ! Tous ces pays-là,
ça ne vaut pas ièque à côté
de not' Chaligny. D'ailleurs, pourquoi que le Fabrice y
serait venu s'installer chez nous, avec sa Rosa et ses deux
piottes si c'était pas vrai, nêmme ?
- Oui, mais la Rosa, elle est Lorraine, même si elle
a pas toujours vécu là. Et tu sais bien, on
peut aller vivre ailleurs... mais la Lorraine, elle nous
quitte jamais, elle est toujours dans notre coeur, nêmme
!
Le Jean
Claude, le cheval et l'artilleur de Napoléon
Eh bien, au printemps,
la vigne avait été bronchée, mais pas
la pouillate de mon Fanfoué qui en avait bien besoin.
Alors, il est allé chez le Jean-Claude Perrin...
Quand il revient, tout biau avec ses cheveux bien coupés,
le vlà qui me dit :
- Tu ne devineras jamais... J'ai vu un cheval dans le
salon du Jean Claude, avec un artilleur de Napoléon
!
- T'as vu quoi donc ?
- Un cheval dans le salon du Jean Claude et un artilleur
de Napoléon que je t'dis !
- Fanfoué ! Tu veux m'faire une attrape ou t'as de
la fièvre ou bien t'as été cheuler
avec tes copains...
- Mais non, je vais bien, et j'suis pas beûlou, j'te
dis...
- Ecoute, mon Fanfoué, je te crois ! Va dans le salon
et allonge-toi sur le sofa ! ... Il fait bon chaud aujourd'hui,
et avec ta pouillatte bien dégagée et ce soleil,
tu dois être fatigué.
- Mais...
- Fais ce que je te dis ! Va te reposer sur le sofa du salon
! Pendant ce temps, je vais aller faire les courses...
Je laisse là mon Fanfoué, et j'file tout dret
chez le Jean Claude, histoire de savoir si mon Fanfoué
était déjà dans cet état-là
quand il lui a coupé les cheveux...
Eh bien, mon Fanfoué m'avait pas raconté d'histoires
! Y avait bien un cheval et un grenadier de Napoléon
dans le salon de coiffure ! Ils ne sont pas vivants, ça
non ! Mais tout en résine, grandeur nature, et si
bien faits qu'on dirait qu'ils sont vrais, nêmme !
Faut dire que le Jean Claude, il aime l'histoire. même
qu'il est Président, mais oui ! d'une association
: "Le livre et l'histoire". Alors il organise
des expositions, un peu partout en Lorraine, et même
en Corse, nêmme ! ... Et même que son association
a construit un haut-fourneau à Neuves-Maisons ! Oh,
bien sûr, pas grandeur nature, mais qui marche quand
même, nêmme !
J'vois
bien que l'envie vous démange d'en savoir davantage...
Mais si ! Voyons, c'est pas à la Mère Mâmiche
que vous allez raconter des histoires, nêmme donc
! Eh bien, vous allez être contents, parce que le
Jean-Claude, il a un site où il montre tout tortout
:
Faut aller voir aussi celui de la Ghislaine qui vous parle
d'un obusier de 6 pouces, tout pareil à ceux utilisés
par les artilleurs de Napoléon 1er ! C'est vraiment
de la belle ouvrage, cet obusier, nêmme !
La Ghislaine, elle a fait les
deux sites : çui du Jean-Claude et le sien.
Pour ça, on peut pas dire qu'elle est hartard,
la Ghislaine ! Elle est même drôlement
débrouille avec l'internet !